STEEVE, UN CAS D'ÉCOLE...
Avec le passage de Steeve (ça se prononce Stive, mais il est bien d’chez nous) devant le tribunal de Boulogne on est dans un cas d’école. Il coche quasiment toutes les cases.
A priori l’homme de 45 ans est poursuivi pour violences, en récidive, sur ascendant. En l’occurrence sa mère. Sur l’écran de la salle d’audience apparaît une photo de la maman septuagénaire avec un bras en triste état. Il a la main lourde Stive quand il a bu.
Il est vrai que quand un addict à l’héroïne et à la cocaïne n’a pas eu sa dose de méthadone à 80 mg mais a plutôt avalé quelques bières et un fond de whisky, ça ne tourne pas bien dans sa tête. A fortiori quand cette tête tourne déjà de travers et que son porteur perçoit une allocation d’adulte handicapé. Ce qui l’aide à subvenir à ses besoins en haute tension nerveuse.
Ce qui précède, c’est juste ce qui ressort succinctement de la présentation du dossier qu’en fait le magistrat qui préside l’audience. A ce stade on aurait bien aimé connnaître l'avis du prévenu mais Stive se refuse à confirmer, à commenter ou à participer aux échanges. Debout, appuyé sur la barre, il a l’air complètement endormi. Comme si tout cela ne le concernait pas. A l’évidence Stive vit dans un autre monde.
Cela ne décourage pas le magistrat qui ajoute quelques détails plus ou moins croustillants, en tout cas sidérants. On apprend ainsi que Stive est SDF et que si sa maman a accepté qu’il entre chez elle trois jours auparavant c’est en estimant que son fils avait vraiment besoin de prendre une douche. Suite à quoi, le fils prodigue, sortant de la salle de bains, aurait montré son sexe à sa mère en la traitant de salope ou encore de sale pute et en lui promettant de l’enculer. (ndlr: ce ne sont-là que de magistrales citations à l'audience, sinon on n’aurait pas osé!)
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N’étant pas assuré de parvenir à ses fins, l’enfant de sa mère s’est alors contenté de la violenter. Il a fallu qu’un tiers, témoin auditif de la scène, s’interpose et que la police intervienne pour mettre fin à cette tragédie familiale.
Bon. Voilà. On aurait pu s’en tenir là à l’audience. Mais l’interrogatoire s’est poursuivi pendant près d’une heure, suscitant la plus grande indifférence de l’intéressé qui ne l’était pas. Intéressé. Il n’en avait tellement rien à ficher que c’en était à se demander pourquoi on l’avait fait venir. Quant au long et complet réquisitoire de Madame la jeune procureure, on doute fort que le Stive en ait retenu deux mots. Si son corps de malheureux était bien assis sur le banc, sa tête était ailleurs. Flottait-elle peut-être déjà dans les limbes.
Même la plaidoirie de son avocate commise d’office ne le tira pas de son apparente léthargie. Et pourtant, elle avait eu la bonne interrogation. Que faire de ce Steeve? L’envoyer en prison? Et après? Dans un an, dans dix-huit mois, il sortira. Et alors, malgré l’interdiction de retourner près de chez sa mère, qu’est-ce qui l’en empêchera?
Après un bref délibéré, le tribunal l’a néanmoins renvoyé pour 20 mois en prison, soit un an ferme et la révocation d’un précédent sursis.
Steeve a quitté le tribunal sous bonne escorte pénitentiaire. A l’origine de l’affaire, sa mère l’avait accueilli au vu de la nécessité, pour lui, de prendre une douche. Trois jours plus tard, la même nécessité se faisait toujours sentir.
Des coups pour rien?
A cause d’une addiction à des stupéfiants qui enrichissent des truands, Steeve va coûter cinquante mille euros à la société et il n’en sortira pas meilleur.
Il y a quelque chose qu’on ne comprend plus dans cette société.