Les histoires d’amour finissent mal...
Il a une bonne tête Ris quand il fait son entrée dans la salle d’audience du tribunal entouré de quatre gardes du corps. Originaire de Guadeloupe il a grandi à Paris, capitale de la France métropolitaine. L’acclimatation n’a pas été facile. De sa jeunesse il affiche quelques ennuis à son palmarès mais depuis le temps il s'est rangé des voitures. Il est même en train de monter son auto-entreprise de livreur Uber et il a des rendez-vous dans la semaine qui commence afin de concrétiser ses précédentes démarches. Au lieu de quoi il se retrouve devant des juges. Néanmoins, il a foi en l’avenir. Il va travailler dur. Il a une belle motivation pour cela comme il l’expose aux magistrats avec force tentatives de persuasion.
Car Ris est amoureux de Dounia. Elle aussi est amoureuse. C’est un si bel amour que Ris affirme au président qu’ils ont prévu de se marier en ce mois de janvier 2026. D’abord le mariage religieux et seulement ensuite le mariage civil, précise-t-il alors que le magistrat s’étonne qu’il n’ait pas encore fait publier les bans. Il y a du doute dans l’air.
Il est vrai que si Ris a quitté sa détention pour être présenté à ce tribunal c’est pour y répondre de faits de violences. De violences sur sa concubine, sa future épouse. Mais le jeune homme a une explication. Il est là à cause d’un mauvais geste et d’une mauvaise interprétation. Avec une sincérité dont on devrait avoir du mal à douter, il raconte l’histoire à sa manière.
On est le premier janvier matin. Sa copine a participé, nuitamment et sans lui, à une fête très animée. Elle aurait même un peu trop bu. Et c’est au coeur de cette fête qu’elle aurait reçu, on ne sait de la part de qui, un coup au visage. Un coup qui lui aurait laissé un joli coquard à l’oeil droit.
Le problème c’est que sur l’écran du tribunal apparaissent des photos sur lesquelles on découvre nettement non pas un mais deux coquards. Ris a une explication, solide et sincère. De retour près de lui après la fête, lors d’une dispute orale, Dounia lui aurait décoché un violent coup. Par pur réflexe incontrôlé, il le jure avec sincérité, Ris a mal réagi. Sa main est partie et elle a rencontré l’oeil gauche de la jeune femme. Au point (au poing?) de lui faire éclater la pommette. L’histoire se complique.
La suite est pitoyable. Ris pleure et jure qu’il ne l’a pas fait exprès. Il manifeste tous les regrets possibles pour cet écart. Jamais il n’a voulu faire mal. La preuve, c’est lui-même qui a conduit sa compagne à l’hôpital pour être soignée. Hélas, pour lui, dans son empressement à réparer sa faute, il n’avait pas pensé un seul instant qu'en voyant l'état de la compagne les soignants alerteraient la police. Entendue par les enquêteurs, la jeune femme, dans un premier temps, a bien dénoncé Ris comme étant l’auteur des coups. Puis elle s’est rétractée. Elle ne porte plus plainte et n’est pas partie civile. D’ailleurs elle est là, dans la salle, avec ses grosses lunettes de soleil sur le nez et son allure de victime. Sauf qu’elle change encore de rôle. Elle est venue pour témoigner en faveur de Ris. Elle lui a pardonné. Elle est prête à se marier avec lui. Lui qui n’a jamais été violent depuis qu’ils se connaissent., elle le confirme.
L’histoire, telle qu’elle nous est contée par les protagonistes, pourrait laisser entrevoir une chute, sinon heureuse, au moins au moindre coût, à défaut de moindres coups. Mais ce n’est pas l’humeur des juges. Après un bref délibéré la sanction tombe. Ris va repartir, sous bonne escorte, vers la prison, et pour six mois. Avant de franchir la porte de la sortie de la salle d’audience, il se retourne et adresse un sourire plein de tendresse à Dounia. La jeune femme va rester longtemps effondrée sur son banc. Moins longtemps que son promis sur le banc de sa geôle.
En ces temps mouvementés où personne ne croit plus en rien, le rare public aurait peut-être aimé adhérer à une belle histoire que l'amour aveugle.
C’est raté.
Comme le chantaient les Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent mal en général…
Surtout au Tribunal!