VERS LE CHEMIN VERT (IV)
Le premier décembre dernier nous avions commencé ici une sorte de saga autour du projet de rénovation du quartier du Chemin Vert.
Voici le quatrième et dernier épisode de cette série
IL Y A URGENCE
C'était presque fortuitement qu'on avait assisté en novembre dernier à une réunion des ultimes “résistants” de l'association “La Fourmilière” implantée au coeur du coeur de la cité Triennale. En ces lieux l'ambiance hésitait alors entre colère, résignation et tristesse.
Il faut dire que le siège de l'association avait trouvé refuge dans un des immeubles, très dégradé, subsistant au milieu de bâtiments désertés par leur population et promis à la démolition. On aurait le moral à zéro à moins que cela:

L'association avait été créée quelques années plus tôt pour venir en appui du projet de l'ANRU (l'Agence nationale de rénovation urbaine). Mais, le temps passant sans voir de grandes réalisations, l'espoir avait peu à peu quitté les esprits.
Interrogé par nos soins quelques temps après cette rencontre, Frédéric Cuvillier avait déclaré: “Je reconnais que la situation a été compliquée. Le projet ANRU 2 ne prévoyait pas une offre locative assez importante sur ce secteur. J'ai mis deux ans pour obtenir de l'État que l'on revienne à une reconstruction sur site. Cela est maintenant réglé et les travaux de démolition et de reconstruction vont reprendre très prochainement.”
En cette année 2026 électorale, il était évident que la lenteur d'avancement du projet risquait d'être récupérée. D'autant plus que des rumeurs circulaient mettant parfois en cause la sincérité de certains acteurs. Ainsi d'aucuns affirmaient que l'emplacement du plus grand immeuble du quartier promis à la démolition avait déjà été racheté par un promoteur privé. Et qu'à la place seraient édifiées des maisons individuelles déjà vendues sur plan. Ce qui a été formellement démenti. Mais la version la plus tenace consistait à entretenir l'idée qu'il y avait d'un côté “la Ville” d'en bas et de l'autre “le Plateau” d'en haut. Avec beaucoup d'efforts financiers et de considération pour la Ville d'en bas et beaucoup moins pour le quartier d'en haut.
Ces sentiments de délaissement se nourrissaient d'autant plus facilement que les travaux de reconstruction promis tardaient à se faire jour tandis que les annonces de destruction d'immeubles se multipliaient:
Il est évident que ce genre de “décor” affiché sur des immeubles en ruines ne plaident en rien en faveur d'une sérénité de vie des riverains immédiats. Et l'on peut comprendre que lesdits riverains aient pu avoir le sentiment d'être délaissés par les pouvoirs publics.
Face au spectaculaire renouveau immobilier que chacun peut constater en “basse Ville”, ne serait-ce que dans l'environnement portuaire, nier cette vérité ce serait ajouter du malheur au mal être ambiant.
Paroles du Chemin Vert !
FIN
Ci-dessous un condensé des trois premiers épisodes que l'on peut également retrouver en integralité à partir de la page d'accueil
épisode 1 (mis en ligne le 1er décembre)
PAROLES DU CHEMIN VERT
Ça commence par une déclaration d'amour
Difficile de trouver plus Boulonnais que Frédéric Cuvillier. Et, peut-être parce qu'il a grandi du côté de la rue de la Colonne, difficile aussi de trouver plus grand défenseur du Chemin Vert que lui. C'était en tout cas ce que laissait entrevoir cette forme de déclaration d'amour mise en texte et en images voici une douzaine d'années déjà. Une déclaration qui s'était insérée dans un joli petit livret que l'on peut encore découvrir à la bibliothèque municipale: Paroles du Chemin Vert.

Dans cet ouvrage, F. Cuvillier rappelait que déjà bien avant d'être élu il avait éprouvé le besoin de donner à ce quartier et à ses habitants la dignité qu'ils méritaient, ceci en dépit de l'immensité de la tâche et des interrogations que cela suscitait. Désormais élu, il se posait des questions: “est-ce que l'on allait m'encourager, est-ce que la population croirait, après des décennies de promesses, que les choses allaient changer”. Puis, quand les chantiers avaient été lancés et que les premiers équipements publics avaient été inaugurés, il avait enfin la conviction que “ les habitants du Chemin Vert ont pris conscience que nous souhaitions leur offrir l'égalité des chances” Avant de conclure: “Il est essentiel que le Chemin Vert conserve son identité et son caractère. Et pour que perdure l'âme du quartier, il faut garder intacte sa mémoire”.
Objets inanimés avaient vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer, chantait Alphonse de Lamartine à propos de sa terre natale.
La rénovation du quartier du Chemin Vert avait alors commencé par le secteur dit de “Transition” où elle semble désormais achevée. Qu'en est-il quinze années plus tard de l'ensemble du quartier du Chemin Vert, de son caractère, de sa mémoire et de son âme?
En d'autres termes: que sont devenues les Paroles du Chemin Vert ?
Épisode 2. (mis en ligne le 10 décembre)
CHEZ LES RIVERAINS, ANRU DANS LES BRANCARDS
C’était pourtant bien parti. Dans le cadre du second temps de l’opération Rénovation Urbaine, dans le quartier du Chemin Vert, s’était créée l’association La Fourmilière.
Il s’agissait d'une sorte de société coopérative avec pour objectif de « placer les habitants au coeur de la transformation de leur cadre de vie ».
Et, pendant un temps, les habitants y ont cru. Cinq ans plus tard l’euphorie est retombée et a laissé la place à la déception. Et aussi à l’incompréhension.
C’est ce qui ressort de l’ambiance désabusée ressentie quand on retrouve, au coeur d’immeubles en voie de destruction, les « survivants » de l’opération Fourmilière.

Les critiques partent dans tous les sens, avec pour cibles principales la mairie et la société Habitat du Littoral-Urbaviléo. Il faut dire que le cadre dans lequel l’association reçoit ses visiteurs n’a rien, lui non plus, d’enthousiasmant. Il est situé au rez-de-chaussée d’une petite tour entourée d’immeubles désertés de leurs habitants pour cause de démolition en cours ou prochaine. On aurait le blues à moins.
A tout moment de la rencontre il est question de l’ANRU, l’agence nationale pour la rénovation urbaine.
L’ANRU 1 et l’ANRU 2. Le numéro 1, c’était pour le quartier de Transition et on en parle (presque) au passé. L’ANRU 2, c’était pour le quartier Triennal, et on en parle encore au présent tout en doutant de son avenir.
Le petit groupe réuni autour de l’ancien président du Conseil citoyen, un résident du Chemin Vert de longue date, dit s’exprimer au nom des habitants qui restent au milieu des immeubles en ruine. Les griefs sont nombreux, sans précautions oratoires. Il y est même question, sans preuves, de financements qui auraient servi à autre chose que prévu. Plus prosaïquement, c’est le cadre de vie des autochtones qui revient le plus souvent, comme des problèmes d’humidité dans les appartements.
Il y a aussi des anecdotes plus rigolotes. Comme cette légende selon laquelle dans un immeuble destiné à la formation professionnelle on ne pourrait pas mettre plus de 19 personnes dans une même salle pour des raisons de résistance du plancher.
Mais ce qui semble le plus désarmer les membres de la petite assemblée c’est de se sentir délaissés, de ne rien savoir officiellement sur ce qui se passe ou ce qui va se passer. Et de devoir se contenter de rumeurs, comme celle selon laquelle Habitat du Littoral aurait vendu le grand immeuble de la rue Percier et Fontaine à un promoteur privé. Et que ce promoteur construirait à la place des maisons individuelles, lesquelles auraient déjà trouvé preneurs au prix de 200.000 euros l’unité.
Et puis cette crainte maintes fois réitérée, à savoir que si les travaux n’avancent plus ce serait parce qu’il n’y aurait plus d’argent.
Et enfin, une autre préoccupation, moins dicible mais plus lancinante: la disparition de ce qui faisait l’âme du quartier.
Tout cela mérite d'être éclairci.
Épisode 3. (mis en ligne le 18 décembre)
LE POINT DE VUE DE L'ORDONNATEUR...
Lors du second épisode de la série Paroles du Chemin Vert, on avait relaté comment des habitants de l'ex-cité Triennale vivaient assez mal l'impression d'être abandonnés, du moins par comparaison à ce qui se passait ailleurs dans la Ville. Et naturellement les principaux reproches mettaient en cause le maire de Boulogne
Nous avons donc eu l'occasion d'aller faire part à Frédéric Cuvillier des griefs recueillis in situ, en les re-situant dans leur contexte, à la fois historique (dix ans en arrière) et actuel…
C'était il y a une dizaine d'années… Un siècle en politique!
Dans un petit ouvrage retrouvé à la Bibliothèque municipale, Frédéric Cuvillier s'exprimait ainsi:
En ce mois de décembre 2025, alors qu'il prépare la dernière réunion du conseil municipal de l'année, le maire de Boulogne ne renie rien de ses propos d'alors et il les commente au vu de l'actualité récente.
Question: dans “Paroles du Chemin Vert” vous terminiez ainsi votre propos: “Et pour que perdure l'âme du quartier, il faut garder intacte sa mémoire”. Le diriez vous encore aujourd'hui?
F. Cuvillier: J'ai connu la cité de Transition d'avant. Les gens allaient les uns chez les autres, ils ne fermaient pas leur porte, c'était très convivial. Mais, en même temps, il n'y avait pas de chauffage, pas d'ascenseur, pas de centres d'activités sociales ou culturelles ou sportives. Tout cela a bien changé. Certains peuvent toujours se dire que c'était mieux avant. Mais personne ne voudrait revivre dans les mêmes conditions. Question: Dans le même ouvrage vous dénonciez le fait de laisser vivre les gens dans un environnement dégradé. En décembre 2025, dans le quartier triennal, il y a toujours des habitants qui vivent au milieu d'immeubles vides et en voie de démolition, voire vivent dans un immeuble dégradé, à l'intérieur comme à l'extérieur.
FC: C'est bien pour cela que l'immeuble auquel vous faites référence va faire l'objet de travaux importants. Et si des immeubles restent longtemps abandonnés et vides d'occupants, c'est que parfois des locataires s'accrochent et que cela prend du temps à les reloger. Question: certains riverains de la rue Percier et Fontaine déplorent que rien ne semble vraiment bouger depuis des années…
FC: Je reconnais que la situation a été compliquée. Le projet ANRU 2 ne prévoyait pas une offre locative assez importante sur ce secteur. J'ai mis deux ans pour obtenir de l'État que l'on revienne à une reconstruction sur site. Cela est maintenant réglé et les travaux de démolition et de reconstruction vont reprendre l'année prochaine. Question: on entend dire qu'une partie du financement de l'ANRU aurait été utilisée ailleurs dans la ville, comme place de la république par exemple.
FC: c'est totalement faux. Le budget de l'ANRU est exclusivement réservé au Chemin Vert. Les immeubles que vous évoquez sont tous à mettre à l'actif de société privées.
Question: des habitants regrettent que le Conseil citoyen qui était prévu pour cogérer l'ANRU ait été tenu à l'écart…
FC: Dans tout projet de renouvellement urbain, le problème que l’on rencontre, c’est lorsque le conseil citoyen est sous influence. En ce qui me concerne, je continue de suivre de près ce projet. Et il y aura d'autres réunions de ce Conseil. Question: Nombre de locataires d'Habitat du Littoral déplorent des malfaçons, en particulier des infiltrations et de l'humidité?
FC: Je ne conteste pas, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il y a des procédures en cours. Ah, une dernière question: Vous parlez de l'an prochain mais serez vous encore là? Autrement dit: êtes vous candidat à votre succession à l'Hôtel de Ville?
FC: Je me prononcerai en janvier, chaque jour doit être utile. A l'issue de cet entretien, on ne pouvait pas sérieusement penser que F. Cuvillier s'apprêterait à laisser sa place. Mais, c'est juste un ressenti…