UN RÉSEAU DE NARCO TRAFIC BOULONNAIS
Deux hommes ont fait leur entrée dans la salle d'audience du tribunal, les poignets entravés. Ils sont encadrés par des escortes pénitentiaires. Un troisième est arrivé, libre. Les trois sont très dissemblables, aussi bien physiquement que socialement.
Le plus grand s’exprime d’une manière volubile, en bon boulonnais, adepte des jeux d'argent. L’entre-deux-tailles parle posément en bon gestionnaire de fortune. Quant au plus petit il reste quasiment muet. Seul point commun évident, ils sont tous trois dans la bonne trentaine. Alors pourquoi se retrouvent-ils ensemble à la barre du tribunal?
C’est une affaire qui a commencé 48 heures plus tôt lorsque des enquêteurs de la police judiciaire ont cru mettre à jour l’existence d’un réseau spécialisé dans le trafic de stupéfiants sévissant dans l’arrondissement de Boulogne/mer. Parmi tous les présumés suspects présentés à la justice, deux ont été placés sous écrou, le grand et le moyen. Le troisième, le petit, a été laissé provisoirement en liberté. On n’a toujours pas compris pourquoi cette différence de traitement puisque tous les trois se retrouvent ce vendredi en situation de comparution immédiate devant le tribunal.
Ce que l’on comprend très vite, par contre, c’est qu’il y a de la menace ou du règlement de compte dans l’air. Raison pour laquelle la présidente a demandé l’évacuation du public. Ainsi, quand l’audition commence, seules deux femmes ont été autorisées à demeurer dans la salle. On apprendra bientôt qu’il s’agit de la mère et de la soeur du petit homme, celui qui semble le plus menacé. Les débats qui s’ensuivent n’en apprendront pas davantage sur la réalité des faits reprochés.
On apprendra, à la demande de son avocat, que le plus grand a une addiction aux jeux d’argent, tous les jeux d’argent, à gratter, paris sportifs, tiercés, etc. Et que s’il a beaucoup perdu, il a parfois aussi beaucoup gagné… Est-ce une précaution pour le cas où on lui demanderait de quoi il vit..? Très conciliant, il déclare qu'il est prêt à être jugé sur le champ.
L’autre détenu semble demander ce qu’il vient faire là, lui qui mène une petite vie tranquille en profitant des revenus que lui procurent des locations de airbnb, prononcez air bi end’ bi. Néanmoins il préfèrerait que l’affaire soit jugée plus tard afin de pouvoir préparer sa défense.
Quant au troisième, le petit Monsieur, lui il a un travail et un salaire pour justifier de ses ressources et n’est apparemment pas pressé d’être jugé. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Eh, bien pas totalement non. Car bientôt, alors que que les magistrats se sont retirés pour délibérer, on voit arriver dans la salle d’audience cinq membres de la police nationale en tenue d’intervention et qui prennent place près de la porte de sortie. Les familiers des tribunaux ont compris ce que cela signifiait.
Quand le tribunal reprend place, c’est certes pour annoncer que l’affaire est renvoyée à plus tard sur le fond et également pour dire au petit Monsieur qu’en attendant le jugement, il va lui aussi partir en détention. On croit comprendre que c’est une mesure destinée à le protéger des « pressions » que pourraient exercer sur lui les membres du présumé gang restés en liberté. Quand les policiers s’approchent pour lui passer les menottes, l’homme semble prendre cette décision avec résignation. Seulement ce n’est pas le cas de sa mère qui pique alors une vraie crise de nerf dans la salle. Juste avant de s'effondrer dans une sorte de narcolepsie. Cela sous les yeux et les cris de sa fille qui se met à hurler des « maman, maman ». D’où un petit moment d’affolement dans la salle d’audience heureusement vidée de son public. Une équipe des premiers soins d’urgence fera bientôt son apparition alors que tous les détenus ont déjà été emmenés.

La mère éplorée est assez vite remise sur pied. Elle va pouvoir, en compagnie de sa fille, rentrer chez elle. En traversant une salle des pas perdus désormais désertée, y aura-t-elle remarqué les jolies décorations de Noël..? Ces symboles de paix et de renouveau sont sans doute censés rendre le sourire et l'espoir à ceux qui fréquentent les lieux.
Enfin, pour ce qui est du présumé fumeux réseau boulonnais de trafiquants de produits stupéfiants, il va falloir attendre l'enquête diligentée par un juge d'instruction.