TRIBUNAL DE BOULOGNE: la face cachée de l’immigration clandestine
…Mais pour les petites mains, ça coûte cher!
Ils sont deux, dans le même bateau si l’on ose dire. Ils ont la trentaine, ils sont nés dans un pays de misère, là-bas, loin, dans un coin reculé de l’Afrique. Une dictature comme il en est d’autres.
On imagine à quel prix, y compris en espèces, ils ont pu traverser la moitié de ce continent avant de mettre les pieds dans le pays de France. Ce pays où ils n’avaient pas l’intention de demeurer, leur destination de rêve étant l’Angleterre.
Voici quelques années, ils ont tenté, au péril de leur vie, de traverser la Manche. Sans succès. En désespoir de cause, ils ont trouvé refuge en Allemagne. Mais rien de tout cela ne se fait gratuitement. Tout se paie! Comptant ou à crédit. Alors depuis l’Allemagne où ils ont trouvé asile, on leur a confié un petit job…
Puisqu’il est désormais difficile de se procurer ici le matériel susceptible de réussir une traversée maritime, c’est, entre autres, en Allemagne que cela se prépare. C’est ainsi que nos compères se sont vu confier la tâche d’emmener dans une camionnette, jusqu’à la Côte d’Opale, un bateau gonflable tout neuf, un moteur, deux jerrycans de carburant et vingt deux gilets de sauvetage.
En cet équipage, ces curieux touristes ont été contrôlés par les gendarmes le week-end dernier, à quelques lieues de la côte. Après un passage en prison, les voilà ce lundi devant le tribunal judiciaire de Boulogne, défendus par deux avocates du barreau local désignées d’office. Tous les migrants n’ont pas la chance d’avoir un avocat parisien.
Face aux charges qui les confondent, ils tentent de convaincre qu’ils ne savaient pas qu’ils transportaient de quoi emmener des passagers à travers le Détroit, avec les risques mortels de noyade que cela implique, précisera la présidente. Alors, c’est leur système de défense qui prend l’eau.
Ils semblent avoir déjà compris qu’ils vont être condamnés. Ils vont servir d’exemples. Et la sanction ne tarde pas à tomber. Quinze mois de prison ferme. Avec les remises de peine ils en feront dix. Trois cents jours. C'est cher payer le voyage. Enfin, façon de parler.
Car pour ce transport raté ils n'ont reçu chacun qu'une prime de 600 euros. Soit deux euros par jour de geôle.
Les trafiquants d’êtres humains, organisateurs des passages clandestins, qu’ils soient d’Allemagne ou d’ailleurs, eux, ne seront jamais inquiétés. Ni empêchés. Ils trouveront d’autres pauvres gars, loin de leur terre d'origine, pour prendre la relève des livreurs.
C’est cela aussi l’immigration clandestine. Pour certains un business qui rapporte, pour d’autres un risque de noyade ou d’un séjour en prison. Au mieux, une vie d’errance.
Pas sûr que les prétendues bonnes âmes qui encouragent ces arrivées clandestines et irrégulières en aient bien compris la portée.
Quand, ce lundi, ces deux pauvres hères, dûment entravés, ont quitté la salle d’audience du Palais de Justice de Boulogne, afin de rejoindre sous bonne escorte leur maison d’arrêt, personne ne pouvait se féliciter de cette issue.
Tiens, il n’y avait pas de représentants d’associations de défense des migrants parmi le maigre public.